Oriane Raffin

Journaliste multimédia

L’inquiétude des Bahaïs de France

18 juin, 2008 • Type de reportage: Récits multimédias

Depuis plusieurs semaines, une certaine fébrilité règne dans le pavillon de la rue Pergolèse, dans le 16e arrondissement de Paris, où est installé le centre national bahaï.

Le 14 mai, six représentants de la communauté bahaïe iranienne ont été arrêtés. Si les temps sont durs pour cette minorité religieuse de 300 000 personnes (environ 7 millions dans le monde) depuis la Révolution islamique de 1979, l’horizon s’est encore obscurci depuis l’élection de Mahmoud Ahmadinedjad en 2005. Pour les Bahaïs de France, la situation de leur communauté et parfois de leurs proches parents restés en Iran, constitue un motif d’inquiétude de tous les instants.

Parvine Martin a quitté l’Iran en 1984, après avoir perdu son emploi à cause de sa religion. Elle a obtenu le statut de réfugiée en France. Elle réside aujourd’hui avec son mari à Quimperlé, en Bretagne. Une partie de sa famille se trouve toujours en Iran, où elle-même n’a plus la possibilité de retourner. Son oncle, Jamalu’d-Din Khanjani, figure parmi les responsables bahaïs arrêtés le 14 mai.

La république des mollahs considère les Bahaïs comme des apostats. Cette communauté apparue au XIXè siècle au sein de l’islam chiite reconnaît Baha’u-llah, né en 1817 à Téhéran, comme «celui par qui Dieu se manifeste». Pour les Bahaïs, son message transcende et unifie toutes les révélations antérieures, d’Abraham à Mahomet en passant par Jésus. Bouddha, Krishna et Zoroastre sont eux aussi reconnus comme des manifestations d’une nature divine unique. Le bahaïsme professe également une égalité hommes-femmes et une tolérance religieuse à 1 000 lieues du rigorisme prôné par le régime iranien. Tandis que le christianisme, le judaïsme et le zoroastrisme sont reconnus par la constitution de la république islamique, elle ne donne aucune existence légale au bahaïsme.

Déjà réprimés sous le régime du Shah, les Bahaïs voient tous leurs représentants jetés en prison après la révolution islamique. Parissa nous raconte l’arrestation de son père, qui a été suivie de son exécution.
«Les Bahaïs d’Iran n’ont plus accès aux universités depuis 25 ans», déplore Leïla Sabéran, secrétaire de l’assemblée spirituelle nationale de Bahaïs de France. «On leur coupe l’accès à l’éducation et au marché du travail et on ridiculise leur religion auprès de leurs enfants, dans les écoles. Les Bahaïs n’ont pas accès à la fonction publique et le pouvoir fait pression sur les employeurs pour qu’ils ne soient pas embauchés». Leïla Sabéran, ancien professeur de français, a vécu en Iran, en Afghanistan et en Erythrée avant de s’installer en France. Ce n’est pas un hasard : bien que petite numériquement, la communauté bahaïe est largement répandue à travers le monde, des Philippines aux Etats-Unis. Lorsque les Bahaïs du Val-de-Marne se réunissent pour prier, au cours de ce qu’ils appellent une «oasis de paix » (la communauté bahaïe n’a pas de culte au sens strict, ni de clergé), on constate que presque tous les membre de l’assemblée ont vécu sur plusieurs continents.

Le 6 juin 2008, une vingtaine de personnes de tous les âges s’étaient ainsi réunies à Créteil. Parmi elles se trouvaient Melissa McKenna, une jeune Australienne qui enseigne l’anglais à Paris, Bruno, un technicien audiovisuel de père iranien et de mère française, ou encore Silène, une lumineuse globe-trotteuse. Cette dernière explique la façon dont la foi bahaïe irrigue toute son existence.
«Évidemment, on vise l’expansion, car nous pensons que le bahaïsme est une solution pour l’humanité» explique Leïla Sabéran. Mais, revenant à la situation en Iran, elle ajoute immédiatement : «Là bas, il n’y a même plus de « conversions officielles » au bahaïsme, car les Bahaïs ne veulent pas courir le risque de faire des nouveaux convertis des apostats. Du coup, ils se contentent de leur dire « soyez bahaï dans votre cœur »».

 

Reportage réalisé avec Béatrice Roman-Amat, paru sur le blog de la revue XXI
 

Encadré : Le bahaïsme en quelques dates 

• 1844 : en Iran actuel, Sayyid Ali Muhammad se proclame « Bab », c’est-à-dire « Porte de Dieu », et annonce une nouvelle manifestation divine abrogeant le Coran et toutes les révélations antérieures. Naissance de la religion babiste
• 1850 : Le Bab est exécuté par les autorités perses

• 1866-1867 : Baha’u-llah se présente comme la manifestation divine annoncée par le Bab. Fondation du bahaïsme.

• 1892 : Baha’u-llah meurt près d’Haïfa 

• 1898 : première conversion d’un français au bahaïsme, Hippolyte Dreyfus.

• 1979 : Révolution islamique en Iran

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